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Alors que l’épidémie de Covid-19 fait rage dans le monde entier, de nombreux pays se tournent vers les systèmes de surveillance numérique pour contrer la crise sanitaire. Le débat éthique est ouvert et des opinions pour le moins contrastées arrivent par-delà les frontières.

Deux grandes tendances entrent en confrontation. Tandis que pour certains, tous les moyens technologiques doivent être mobilisés si cela permet des vies sauves, d’autres voient en ces méthodes une renonciation des libertés individuelles. Autour de ces deux mentalités s’articulent des avis plus modérés et indécis. Mais sur la grande carte du monde apparaît le fait que chaque État trace son chemin dans ce débat périlleux selon l’histoire et les valeurs de sa patrie.

L’ère de la dictature numérique

La Chine est d’ailleurs la figure de proue des dangers de la surveillance numérique.  Bien que les autorités aient d’abord nié et éradiqué toute existence publique de l’épidémie, elles ont par la suite développé des stratégies particulièrement intrusives pour contrôler la population. En plus du réseau omniprésent de caméra à reconnaissance faciale, la Chine a développé l’application Alipay Heath Code.  Par l’accès à l’historique de la géolocalisation, ce programme analyse les données collectées à grande échelle et mesure le risque de contamination de chaque habitant. Il délivre ensuite son verdict et condamne ou non l’habitant à une quarantaine de 15 jours. La Chine est, bel et bien, entrée dans une « dictature numérique ».

La Chine, un modèle pour l’Europe ?

Du côté de l’Europe, on rejette la voie de « contrôle » des personnes infectées pour privilégier une application de « contact tracing » soit un suivi des interactions sociales. « L’idée serait de prévenir les personnes qui ont été en contact avec un malade (…) Lorsque deux personnes se croisent pendant une certaine durée à une distance rapprochée, le téléphone portable de l’un enregistre les références de l’autre dans son historique. », déclare Cédric O, le Secrétaire d’État chargé du Numérique de la République française.

Les individus seraient alors libre de l’installer ou non puisque l’État privilégie le volontariat, mais cette notion existe-t-elle réellement en cas de crise sanitaire ? « Ce choix individuel peut être orienté voire influencé de diverses manières par exemple à travers les techniques de persuasion ou de manipulation, la pression sociale, l’imitation des proches. », déclare le Comité Consultatif d’éthique pour les sciences de la vie et de la société.

« La Liberté ne peut être que toute la liberté ; un morceau de liberté n’est pas la liberté. » Max Stirner

Ce scepticisme est partagé par le député français Sacha Houlié qui y voit « une servitude volontaire » alimentée par la « peur ».  Il va même plus loin. « La collecte des informations personnelles des utilisateurs de téléphones mobiles ou de montres connectées revient à placer l’ensemble de la population sous bracelet électronique et de les rendre coupables, si pas suspects. »  Pour Benoit Piedallu, membre de la Quadrature du net, association des droits des citoyens sur Internet, « Si ces outils se développent et que le tissu social nous impose de les accepter, ceux qui refuseront seront considérés comme des parias ou soupçonnés de ne pas participer à l’effort de guerre puisque  c’est le mot utilisé par le chef de l’État. »

Un virus ouvre la porte à d’autres virus !

Ironie de la situation, tandis que les politiques promouvaient ces applications en gage de sécurité, elles sont également porteuses de danger. Prenons l’exemple de « Stop Covid », cette application de traçage française fonctionne grâce au Bluetooth. Cette technologie, loin de faire l’unanimité auprès de la cyber-sécurité est indispensable à l’application puisqu’elle enregistre les pseudonymes de toutes nos interactions personnelles. Mais là aussi, il y a un bug.

Protéger votre santé ou protéger votre sécurité personnelle. Telle semble être l’ultimatum lancé par ces applications. Mais en réalité tout est illusion.  En effet, Loic Guézo, directeur de la Stratégie Cyber sécurité de la SEMA nous met en garde contre l’utilisation du Bluetooth :

« On peut également détourner ce signal Bluetooth pour générer de fausses informations sur la réalité des contacts de proximité. En augmentant ou diminuant la puissance du signal, donc sa portée, l’appareil peut laisser croire qu’il a été en contact proche avec de nombreux individus … sans les avoir réellement approchés. Ou au contraire, en limitant ses chances d’établir une connexion avec un autre appareil, un individu peut faire croire qu’il ne s’est approché de personne et passer sous les radars ».

En bref, l’utilisation du Bluetooth vous rend vulnérable aux attaques des hackers qui peuvent alors annihiler l’objectif premier de cette application : protéger votre santé.

Attention vous êtes observés

L’historien Patrice Bourdelais rappelle que dans le passé chaque épidémie a «  mis en tension liberté individuelle et sécurité sanitaire collective ». Toutefois, ces mesures ne nous entraineraient-elles pas vers une société d’ultrasurveillance ? Ce basculement est de plus en plus perceptible. Alimentés par la peur des attentats ou du coronavirus, les individus sont de moins en moins  inquiets par l’omniprésence des technologies. L’étude d’Oxford tend à  confirmer cette hypothèse puisque 8 français sur 10 sont favorables au traçage afin  d’endiguer l’épidémie. Qu’est ce qui nous prouve que les mesures prises aujourd’hui s’arrêteront lors d’un retour à la normale ? Quels sont nos garde-fous ?  Sommes-nous en train de signer pour une société liberticide ?

Charlotte Verbiest et Diane Martens, 2COM, Community Management

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Post Author: comuniquehepl

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